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Jouef et les lunetteries


JOUEF


Jusqu'en 2004, il restait à Foncine le Bas, une usine.

L'usine GIROD, qui a remplacé l'usine JOUEF. Le père DOUDIER dans son livre "Foncine le Haut 1815-1980", expose avec précision la création et la vie de cette entreprise, jusqu'en 1980 évidemment.

A son origine, en 1945, "Manufacture de tournerie et jouets du Haut-Jura" crée par André Margerit, elle devient, en 1953 "Jouet Français", puis en 1961 JOUEF qui deviendra en douze ans, le second constructeur de trains miniatures et le premier exportateur français de jouets.

En 1965, JOUEF est à son apogée et compte 4 usines : Foncine le Haut (90 personnes), Foncine le Bas et Sirod (chacune 40 personnes) et Champagnole (60 personnes) à quoi il faut ajouter 250 à 300 personnes travaillant à domicile. Une dizaine au moins de ces derniers étaient à Foncine le Bas. Jérôme leur apportait chaque semaine leur provision de pièces à assembler et reprenait en même temps le résultat de leur travail.

A Foncine le Bas, ma grand-mère Cécile, assemblait chez elle des roues de wagons qu'elle fixait sur leur moyeu. Une machine était installée chez chaque travailleur. La force motrice venait de la jambe.

En 1982 un journal local publiait un billet dont voici un extrait :

"Au cours de 1982, année du redémarrage de l'entreprise, 25000 T.G.V modèle réduit, ont été commercialisés en moins de dix mois. Cette cadence est indiscutablement plus soutenue qu'à ALSTHOM. L'échelle est différente; mais le travail n'en demande pas moins de minutie et de patience. Les pièces moulées viennent de Champagnole, à l'état brut. Il faut les peindre, les décorer, mettre les moteurs (prérodés en six minutes). Puis les carrosseries sont habillées. Travail de Gulliver sur un train lilliputien ... Foncine le Haut est au Jura ce qu'ALSTHOM est au territoire.

JOUEF a quitté Foncine pour Champagnole avant de disparaître en 2001.

ALSTHOM survit, mais après être passée d'ALS.THOM à ALSTHOM en reniant ses origines, elle a perdu désormais son H pour devenir ALSTOM car la langue du pays où son siège a été transporté ignore cette lettre.

menuGrandeur et décadence

C'est Georges HUARD, patron du Jouet Français qui avait installé cette première antenne jurassienne. Elle était placée sous la responsabilité de Roger BUGNET et d'ailleurs, jusqu'en 1961, on travailla "chez Bugnet" avant d'être employé Jouef. Champagnole, l'usine A, va assurer l'injection, le montage, la fabrication des aiguillages, des wagons, des rails. Mais la manne Jouef, avec notamment le travail à domicile, va s'étendre sur toute la zone montagneuse.

Foncine le Haut logea une importante unité, fondée par M. Margerit. Des milliers de wagons, de voitures à voyageurs, la tampographie à partir de 1965 y furent produits. C'était là aussi qu'on assurait les modèles spéciaux, demandant un travail en finesse. Il exista une annexe à Mouthe.

Foncine le Bas assurait la production des moteurs, le bobinage et disposait lui aussi, d'un atelier parallèle à Syam. Sirod était spécialisé dans la production des locos diesel vertes, puis des fameuses "Pacific", enfin des automobiles de circuit. Salins montait les appareils de voie. Il y eut encore Crotenay, Mignovillard, Sellières, affectés suivant la demande à divers produits. On dit que deux mille personnes oeuvrèrent simultanément pour Jouef en terre jurassienne.

Avant même Champagnole, de 51 à 62, la marque avait sorti un must. La Diabolic ou Pacific présidentielle est un jouet simplifié inspiré par les machines carénées d'avant-guerre. La superstructure de couleur noire est montée sur un châssis de métal. Dans le Jura la production a débuté avec les premières voitures à bogies vertes et les Pullman. Le faible coût des plastiques injectés permit rapidement d'élargir les propositions, wagons marchandise, plats , tombereaux, citernes. En 55 Jouef sortait des trains électriques prestigieux, images fidèles des fameuses BB 9003 et 9004 qui venaient de battre les records mondiaux de vitesse. Ces nobles miniatures étaient équipées d'un moteur curieusement appelé "saucisson". En 55, apparaissait la loco tender 20 qui sera produite pendant 40 ans, à plus de deux millions d'exemplaires. En 72, Jouef change de propriétaire et rejoint, dans le Jouet Français Solido et Heller. Mais le groupe est mis en liquidation en 80. Repris par Joustra (groupe CEJI), l'entreprise tente, face à la concurrence des jouets électroniques, une activité d'importateur. Surtout la qualité subit les effets négatifs de cette déflation. Un nouveau dépôt de bilan en 86, déjà accompagné d'un plan social, permet une relance commerciale. On retrouve l'esprit original, quelques modèles splendides sortent des chaînes. La marque s'associe à de nombreux partenaires, Lilliput, Rivarossi, Lima. Mais le passif reste inabsorbable. Un nouveau dépôt de bilan est présenté fin 95. L'italien Rivarossi, l'un des partenaires de l'époque précédente, devient propriétaire de Jouef. Mais l'entreprise transalpine n'est pas sécurisée. Le premier juin 2001, l'usine A ferme définitivement ses portes. La technologie JOUEF quitte l'hexagone. Sa destination définitive, après quelques tergiversations, semble bien opter pour la chine. Après avoir été quelques temps associés à Lima, c'est sous la marque anglaise Hornby qu'on retrouvera les trains Jouef.

menuFoncine "royaume du jouet ferroviaire" (en 1965)

L'activité de JOUEF l'oblige à des liaisons constantes avec la SNCF. C'est donc tout naturellement que la "Vie du Rail", dans son numéro de décembre 1965, lui consacre quatre pages très illustrées. Laissant de côté les paragraphes techniques, voici quelques lignes intéressantes et photos tirées de ce numéro :

Usine Jouef de Foncine le Bas

"L'appareil de production, c'est essentiellement quatre usines dispersées sur vingt kilomètres, quelques ateliers satellites, plusieurs centaines de travailleurs à domicile, au total environ un millier de personnes dans une région de ce Jura traditionnellement voué à la petite industrie de précision, à l'horlogerie, à la lunetterie, à la joaillerie, dans cette contrée aux vastes forêts, où le jouet, autrefois en bois, possède des attaches lointaines.

C'est donc à Foncine le Haut, Foncine le Bas, à Sirod, que le "Jouet Français" a fait construire en quelques années d'intervalles quatre usines semblables dans leur aspect : blanches et simples, modestes dans le décor grandiose des monts du Jura; semblables aussi dans leurs structures : au premier niveau l'injection et la peinture, au second niveau les ateliers de montage, au troisième et dernier, la cartonnerie, les magasins de pièces détachées.

Ce qui frappe lorsqu'on pénètre dans une usine du Jouet Français, c'est l'économie des moyens, la sobriété de l'ensemble. "Un hall de marbre à l'entrée de l'usine - m'avait dit fort justement le directeur - c'est une presse à injection en moins, et cela c'est notre gagne-pain". Donc pas de hall de marbre, pas d'interminables cousives de bureaux directoriaux ou administratifs pléthoriques comme on en voit parfois. Le directeur et son secrétariat - une personne ou deux - et tout de suite, au-delà de la cloison vitrée, la fabrication.

Chacune des usines a ses spécialités : à Foncine le Haut, première usine du Jouet Français en 1952, la fabrication des rails, celle des moteurs mécaniques, le montage de la plupart des locomotives.

A Champagnole, les transformateurs, les sous-stations, les contacteurs, les appareils de voie à équipements électriques.

A Foncine le Bas, la fabrication des moteurs de locomotives.

A Sirod, la fabrication des automobiles des circuits routiers et des locotracteurs, moteurs y compris. Voilà en gros pour la répartition théorique des tâches, mais en fait, chaque usine est conçue de telle sorte qu'elle peut venir en aide immédiatement à chacune des trois autres pour une fabrication qui n'est pas normalement de son ressort.

Pourquoi quatre usines et non une seule où la fabrication aurait peut-être pu être organisée plus rationnellement ?

C'est une question de main d'oeuvre; les jurassiens sont fidèles à leur mode de vie, au bourg ou au village natal. Les usines de JOUEF sont ainsi le signe de l'entreprise aux dimensions raisonnables ne portant pas atteinte aux structures rurales, apportant localement une certaine prospérité matérielle sans les inconvénients et les bouleversements créés par les implantation démesurées.

Un des aspects les plus curieux des fabrications de JOUEF est la part prise par les travailleurs à domicile. Il est vrai qu'il s'agit d'une activité d'appoint traditionnelle dans le Jura. Pour beaucoup aujourd'hui, il ne s'agit plus d'un appoint mais de la source essentielle des revenus. Comme le gain est du même ordre qu'en atelier, nombreux sont ceux qui préfèrent rester chez eux, aménageant leur horaire en fonction des occupations rurales, pastorales ou simplement ménagères.

On voit des cartons JOUEF empilés sous le porche des fermes isolées, mais il y a aussi des villages entiers où, derrière chaque fenêtre, on colle, on décore, on assemble voitures ou wagons, on empile des tôles de transformateurs ou bien l'on bobine des enroulements;

Le travail à domicile

il y a ainsi, par exemple, le village des rails, le villages des routes, chacun constituant un groupe homogène à l'intérieur duquel on se passe, de maison en maison, les pièces en cours de montage. Le paradoxe che JOUEF, c'est que, en fabriquant des trains au 1/87, ces jurassiens qui, pour la plupart, ne connaissent du chemin de fer que leur ligne de Morez à Andelot, se font ainsi une idée de ce qu'est le matériel moderne de la SNCF. Quelques jeunes femmes, tout en peignant le sigle prestigieux en lettres d'or sur le bandeau rouge des voitures, rêvent d'un voyage dans un train de luxe.

Il y a encore quelqu'un pour qui les liens entre le Jouet Français et la SNCF sont en ce mois de décembre particulièrement évidents : c'est le chef de gare de Champagnole. Comme le reste de l'année, il lui faut sortir de l'embranchement JOUEF le wagon complet, quasi quotidien renfermant deux ou trois mille envois de détail; mais en plus, il se demande chaque jour comment faire partir à temps les centaines de colis express qui s'ammoncellent dans sa gare et jusque dans la salle d'attente des voyageurs. Ces envois de dernière heure, qui répondent aux appels de détresse des détaillants sont un peu son cauchemar. Les vraix trains ont la réputation d'arriver à l'heure. Il faut bien aussi, que les petits trains de Jouef parviennent à l'heure pendant la nuit de Noël, à leurs heureux destinataires."


menuLes Lunetteries


Papier à entête de l'usine COTTET de Morez (document aimablement communiqué par Pascale BARBA, arrière-petite fille d'Ernest COTTET, décédé en 1921 à Morez). Sur le bandeau de l'usine de droite, on peut lire "Usine annexe de Foncine le Bas".

"Usine hydraulique convertie en usine de lunetterie par l'industriel morezien COTTET vers 1918" (source "Monuments Industriels du Jura").

Foncine le Bas comptait deux lunetteries.

Celle "du haut" était à l'origine une fabrique d'instruments de mesures tels que baromètres, thermomètres ou aréomètres crée en 1888 par Antoine BESSON et Simon GUICHARD.

Vers 1900 Jules COTTET, reprend cette usine. Il avait fondé vers 1895 à Gouland une "fabrique d'horlogerie et de lunetterie" , devenue ensuite société "COTTET frères" et transférée à Morez. Dans "La petite fille des rivières" on voit la photo d'une publicité vieille de 100 ans concernant "Jules COTTET et Jules POUX manufacture de lunetteries, 90 rue de la République à Morez". A Foncine, Cottet produit des montures de lunettes et des pince-nez.

 

En 1913 la société des lunetiers achète cette usine.

 

Celle "du bas", a été construite plus tard par Jules COTTET, qui s'était séparé de ses frères. En 1914 la Société des lunetiers, "La SOCE" rachète les deux usines. Elle les fusionne en 1930 puis, en 1931, elle les ferme et en transfère la fabrication à Morez.

 

L'usine du haut a compté jusqu'à 80 ouvriers. Des familles entières y travaillaient telle la grosse famille BLONDEAU qui occupait une bonne partie de l'ancienne caserne des douanes. Celle du bas, plus moderne n'était pas moins importante.

 

Dans l' "histoire d'ESSILOR" de François FARAUT, on lit à propos de ces usines :

 

Usine de Foncine le Bas
Usine de Foncine le Bas

En 1913, l'usine de Morez de la Société des lunetiers, est la seule digne de ce nom dans cette ville. Le travail y est régulier et constant. Le chômage rare ... Certains industriels novateurs ont même dû s'installer à quelque distance de Morez pour pouvoir utiliser du matériel moderne à l'abri des manoeuvres de leurs concurrents qui débauchent leurs ouvriers.

L'usine de Foncine le Bas est-elle de celles-là ?

Peu de temps après sa construction et à peine en pleine exploitation, elle est achetée en 1914 à Jules COTTET qui devient sociétaire comme bien d'autres avant lui, qui avaient apporté leurs entreprises à la Société des lunetiers ... Une partie des ouvriers sont en même temps cultivateurs et les effectifs sont un peu réduits en juillet et en août. Les lunettes sont entièrement finies à l'usine, le montage à l'extérieur et le rhabillage à Morez.

Dans le rapport de la gérance à l'Assemblée Générale de la Société des lunetiers des 4 et 5 juillet 1914, on lit :

"L'achat récent de notre usine de Foncine est venu à point pour faciliter l'extension de nos affaires dans ... les Indes et la Russie".

 

machine à fabriquer les vis avec un archet.

La lunetterie du haut est devenue une colonie de vacances ("loisirs 2000") et celle du bas, après avoir été utilisée comme salle de théatre par "Gai mon village" a servi de magasin d'antiquités et abrite maintenant une sérigraphie.

L'usine du bas

L'usine du haut


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