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Le maquis Vauthier



Fin décembre 1994, il y a bientôt dix ans, mourrait maître Paul Vuillard, ancien bâtonnier du barreau de Lyon, commandeur de la légion d'honneur.

Pour les anciens d'Entre deux Monts, maître Vuillard n'est pas un inconnu : sa famille a passé, clandestinement, l'été 1944 dans un hôtel de la Chaux des Crotenay ; et surtout, il commandait à cette période, à partir de son P.C. installé à la Fruitière puis à Fontenu, un maquis dont la zone d'action se situait en grande partie le long de la R.N 5 entre la Billaude et le Pont de Lemme. C'est à ce maquis connu dans l'histoire de la résistance jurassienne sous le nom de "maquis Vauthier", qu'ont appartenu cinq jeunes originaires d'Entre deux Monts (1).

Paul Vuillard est né à Lons le Saunier. Officier de réserve, il a participé à l'opération de Narvik, seule victoire des alliés en 1940, avec le général Béthouard, un autre jurassien, puis il a rapidement adhéré à la résistance lyonnaise. Début 1944 nombre de ses camarades avaient été arrêtés puis déportés ou fusillés. Lui-même avait échappé de justesse à la Gestapo. Le 15 janvier il doit quitter Lyon.

La Fruitière, La Chapelle / Prison

Il revient tout naturellement dans le Jura ; il installe son épouse et sa fille dans un hôtel de la Chaux des Crotenay et rejoint ses amis lédonniens qui ont déjà formé leur réseau. Le commandant Vandelle (Cdt. "Louis") qui avait remplacé à la tête des FFI du Jura le commandant Foucaud assassiné par les allemands à Saint-Georges le 26 avril 1944, lui confie la responsabilité du district de Lons. Il y retrouve ses amis : RICARD ("Michel") et ses rugbymen et supporters, JAILLET ("Achille") et ses pompiers, BAUDURET, VARECHON et bien d'autres déjà résistants actifs mais sédentaires. Puis tous "prennent le maquis". ils s'en vont dans les bois de Marigny.

Le commandant LE HENRY ("Chauvel") patron des corps francs, lui rattache les groupes POIRIER ("Pierre") de Bonlieu, BILLON ("Nancy"), celui qu'avait créé Jean Guérin assassiné par les allemands dans les bois de Pannessieres le 27 avril, et VALLEUR ("Val") de Crançot. Viennent ensuite CAMUSET ("Castor"), VAYSSE ("le Moune") et bien d'autres.

Rapidement il doit faire de la place pour les nouveaux arrivants. Deux groupes sont constitués : près de Charezier le groupe Bentz et dans les bois de Marigny le groupe Hassan. Lui-même vient avec sa première équipe à la Fruitière, une clairière proche de Ménétrux.

La fruitière, intérieur de la chapelle où furent internés les prisonniers allemands (avant d'être fusillés)

Hassan sera de presque toutes les grosses opérations, en particulier de celle d'Ilay les 3 et 4 août. Son cas exceptionnel et tragique a donné lieu à de vives polémiques (voir ci-après).

Le 24 août Vauthier commande le groupe le plus important des FFI qui attaquent la garnison allemande de Lons. Le 9 septembre il est avec ses hommes sur la Loue, à Orchamp. Puis, le Jura étant libéré, il rejoint son étude d'avocat à Lyon. Près de 400 de ses 600 hommes font comme lui et rentrent chez eux. Ceux qui s'engagent pour la durée de la guerre constituent une compagnie aux ordres du lieutenant Weber (ex Hassan). ils rejoindront un peu plus tard, soit le 159 RIA dans le Queyras soit le 60ème RI en Alsace. Maître Vuillard reviendra plusieurs fois dans le Jura : pour assister aux réunions de l'amicale des anciens Résistants dont il est président ; les 5,6 et 7 mai 1945 pour défendre devant la cour de justice du Jura le lieutenant Weber, son ancien "Hassan" dont il obtient l'acquittement (voir plus loin) ; le 5 novembre 1950 lors de l'inauguration du monument élevé "à la gloire de la Résistance jurassienne" en présence du président Vincent Auriol qui remettait la croix de guerre à la ville de Lons.

Le 26 novembre 1983, il est invité sous le titre de "libérateur de Lons le Saunier" à présider le déjeuner du "Jura Français" à Vincennes. A ce déjeuner assistaient deux parisiens originaires d'Entre deux Monts avec qui il pouvait évoquer quelques souvenirs.

(1) les cinq jeunes d'Entre deux Monts qui se sont retrouvés au maquis Vauthier sont : Maurice Bailly-Bazin, Maurice Jeunet, André Vuillet, Alfred Poux-Berthe et Gratien Guyon. Ce sont les deux derniers qui ont assisté au déjeuner du Jura Français le 26 novembre 1983 à Vincennes.

La Fruitière

Ici ont vécu les russes incorporés dans l'armée allemande qui désertèrent avant de rejoindre le maquis Vauthier. Ils avaient déserté à Publy avec leurs armes, mais sans percuteurs ni cartouches (leurs chefs les leur enlevaient hors des opérations). Pendant dix jours ils furent observés afin de savoir s'il était possible de leur faire confiance.


menuVAUTHIER et la libération de Lons

Extraits de l'exposé de Maître Paul VUILLARD lors de l'assemblée du Jura Français du 26 novembre 1983 à Vincennes (exposé reproduit par la revue du "Jura Français" N° 182)

Lons le Saunier a été libéré le 25 août 1944 ; Lyon, 120 km au sud ne l'a été que le 3 septembre ...

En plus du petit groupe du Château de Chalain (Marigny), je disposais, dès le départ, de deux sections, l'une à Mirebel Crançot commandée par Nancy (Billon), l'autre composée d'anciens prisonniers, à l'abbaye de Bonlieu commandée par Pierre (Poirier). Nous étions déjà plusieurs centaines fin juillet, pour assurer notre mission : harceler l'ennemi, couper ses voies de communication.

Comme le grand axe qui bordait notre territoire était la route blanche, qui de Champagnole monte à travers les si pittoresques gorges de la Lemme jusqu'à Saint-Laurent ... nous y avons multiplié les embuscades. C'est chaque semaine, une, deux, parfois trois fois que des convois ont été interceptés, principalement le 24 juillet, au point que dès le début août l'ennemi n'a plus osé circuler qu'encadré d'otages civils, ce qui nous a alors interdit toute action. Toute occasion favorable nous était bonne ; le 22 juillet j'avais appris que 1800 paires de chaussures devaient être expédiées de Champagnole vers l'Allemagne. Ma section de choc, avec Hassan, fut désignée. Mon adjoint et ami Michel (Ricard) devait se retrouver avec moi à la gare même d'Andelot où, malheureusement pour eux, descendaient d'un train venant de Pontarlier des officiers allemands. La fusillade a été assez nourrie et tandis que nous remettions en route le train, sans mécanicien, pour qu'il culbute et obstrue la voie, les voyageurs étant bien entendu tous descendus, Hassan avait déjà récupéré les 1800 paires de brodequins. (2)

La Fruitière

La Fruitière... dans cette maison Vauthier avait installé son PC et ses infirmiers

Il en fut de même pour un convoi Todt important qui a quitté Champagnole le 1er août. C'est à Pont d'Héry que nous l'avons bloqué sur une boucle de la route, entre deux ponts de chemin de fer la surplombant. J'ai, avant notre départ avec nos prisonniers, fait soigner par nos infirmiers les blessés allemands, leur disant "Vous voyez, nous sommes des soldats, non des brigands" (3).

Hélas, quelques jours plus tard une importante colonne ennemie devait attaquer notre section de l'abbaye de Bonlieu. Ma section Hassan, celle d'Achille, Michel et moi-même nous sommes portés à son secours, mais une fausse manoeuvre, une fusillade déclenchée trop tôt, a entraîné notre encerclement au carrefour d'Ilay. Mauvaise et angoissante nuit. Tout autour du camp de Songesson s'élevaient des fusées éclairantes qui laissaient présager une attaque à l'aube, tandis que j'avais dû envoyer la plus grande et la meilleure partie de mes hommes assurer un parachutage. (4)

Enfin le 12 août est la date à laquelle nous avons procédé à l'arrestation peu banale de 40 gendarmes. Comme cette arrestation fait partie des préparatifs du coup de main sur Lons permettez moi de m'y arrêter un instant. Lons le Saunier, la grande majorité des hommes de notre district y avaient leur habitation. La prise du chef lieu de département est un symbole ... Depuis quelques semaines les allemands laissent percer leur inquiétude ... Sur tous les chemins ils ont érigé de solides barrages. Pourtant il n'est pas impossible de pénétrer dans la ville. A plusieurs reprises la radio de Londres avait dénoncé le commandant et le capitaine de gendarmerie. Le lieutenant Danaud, lui, était venu nous affirmer que tous les gendarmes étaient disposés à rejoindre le maquis à la condition qu'on aille ... les chercher par mesure de sécurité pour les familles et pour éviter toutes représailles. Il y avait aussi à récupérer 40 mousquetons, des automobiles, 3000 litres d'essences et l'effet moral d'un tel événement. Tout cela valait bien qu'on descendit avec 50 ou 60 hommes au centre de la ville occupée par 1500 allemands. C'est donc ainsi que, par une nuit noire, sous une pluie singulièrement opportune, trois gros camions ont quitté mon camp de la Fruitière ... Arrivés à Panessières nous mettons pied à terre. Colonne par un nous descendons ... Nous sommes une soixantaine. Il y a dans la ville au moins 1500 allemands bien équipés. Les bâtiments de la prison, qu'ils occupent, son contigus à la gendarmerie. Ils disposent d'une ligne téléphonique directe ... De longues heures s'écoulent. Tout à coup le ronflement des moteurs nous annonce que tout est fini ... Je vois passer les gendarmes et nous prenons le chemin du retour ...

Le 22 août décision est prise de monter une opération "coup de main" contre Lons le Saunier. Ce coup de main n'est pas en réalité une attaque destinées à prendre la ville d'assaut, car nous n'en avons pas les moyens. Personnellement, à la réunion de l'état-major, j'ai défendu la thèse d'un investissement de Lons, d'une étreinte qui se resserrerait progressivement avec des coups successifs destinés à créer chez l'ennemi une psychose qui l'amènerait à la reddition. L'opération aura lieu dans la nuit du 24 au 25 août à 2 heures du matin. On me donne la mission principale, celle d'attaquer le quartier de la gare et on me laisse maître de la rédaction des ordres.

Notre district comptait alors 7 compagnies de 100 hommes environ chacune. En raison de l'augmentation de nos effectifs, de l'encadrement que m'avaient apporté les gendarmes, j'avais pris la précaution de les répartir sur mon territoire ; mais mon groupe de téléphonistes, commandé par un capitaine de la Grande Guerre, Fernand Bauduret, m'avait installé, entre mon poste et tous les villages, une ligne téléphonique volante. Les autres districts ont mission de nous encadrer. Pigeon et Hervé attaqueront le blockhaus de la gare PLM et balayeront du tir de leurs armes automatiques, l'avenue qui descend de la gare et interdiront la rue Saint-Désiré. La compagnie du district de Bletterans neutralisera le lycée de garçons et l'école normale d'instituteurs. La section d'Orgelet neutralisera la partie est de la caserne Michel. La compagnie de Poligny attaquera le poste de Perrigny et bloquera la caserne Bouffez. La compagnie de Voiteur attaquera le poste de la route de Besançon. Pour moi, j'ai prévu que mes sections Hassan, Nancy avec Michel se lanceront à l'assaut contre la felfgendarmerie, la Gestapo et l'état-major. Les deux sections Pierre garderont notre droite et au passage à niveau de la route de Montaigu, seront prêtes à se dresser devant tout renfort arrivant à la caserne Michel pleine de troupes allemandes.

Castor, avec les siens, nettoiera la route de Montaigu et plus spécialement le foyer du soldat. La section Daubigney reste en réserve. Toutes les sections se rejoignent à Pont de Poitte le 24 à 22 heures.

Qu'on ne dise pas qu'un coup de feu intempestif a déclenché trop tôt l'opération. Oui, à 2 heures 25 un coup de feu a été tiré dans la nuit, sans doute par une sentinelle ennemie. Rien n'a bougé chez nous, ce qui prouve que leurs chefs ont bien leurs troupes en main. (le général Le Henry emploie les mêmes termes).

2 heures 30, Bentz déclenche à l'heure prévue le tir de ses mitrailleuses et de ses bazookas. Déjà il semble que les allemands vont se rendre. Des felgendarmes se présentent à la porte de leur hôtel en levant les bras, mais lorsque Michel s'approche, une grenade lui est lancée dans les jambes et le blesse. Partout la riposte s'organise et surtout une mauvaise direction de tir et un fusil mitrailleur du district voisin qui devait protéger notre gauche en tirant dans l'axe de l'avenue descendant de la gare, nous coupe le chemin entre la gare et mes objectifs.

4 heures, la lutte est toujours indécise. Le commandant Louis, le commandant Lamarck, le capitaine Chauvel me demandent de relancer une nouvelle attaque. Peut-être si elle avait eu lieu aurions-nous connu la victoire totale immédiate. Mais rapidement je vais faire un inventaire ; il me reste 10 obus de bazookas ; les fusils mitrailleurs ralentissent faute de cartouches. Pourvu que les allemands n'aient pas l'idée de contre-attaquer. L'heure prévue pour le repli après le coup de main est d'ailleurs sonnée. Il faut donc prendre la route du retour par les mêmes chemins qu'à l'arrivée.

A Macornay j'attends anxieux l'arrivée de chacune de mes sections. 13 morts dont Sarrand et Damidaux de la section Castor.

La Fruitière

Selon Maitre Vuillard, mais peut-ètre se laisse-t-il emporter par son imagination, Lacuzon aurait séjourné dans cette maison. En Juillet 1944 Camuset y avait installé sa famille (ses "alevins") .

Après ce récit, Maître Vuillard évoque l'évacuation des allemands qui tuent et incendient dans la rue des écoles avant d'aller se faire tuer à leur tour au moulin de Tortelet et il cite le message envoyé par le général commandant la garnison de Lons à son supérieur de Besançon : "nous sommes attaqués par 2000 FFI armés d'une puissante artillerie, nous quittons Lons".

Il dit enfin un mot de l'opération d'Orchamp et du passage de la Loue le 8 septembre où il retrouve ses fidèles : Hassan, Achille et Michel et leurs hommes, et où meurt le capitaine Kerleroux, lui aussi ancien du 15.1, qui est le dernier tué de son district.

Il cite l'aumônier de son maquis, Pierre Boillon, originaire de Salins, grand blessé de la guerre 1914-1918, qui sera plus tard évêque de Verdun et ami du général Bigeard.

Il raconte le défilé du 11 septembre où son maquis est désigné pour marcher en tête car "c'est celui qui s'est le plus battu". Puis la cérémonie du 5 novembre 1950 où il remet au maire de Lons le monument élevé à la "gloire de la résistance jurassienne", en présence du Président Vincent Auriol.

La Fruitière, Maison de Camuset

Après le 25 août on se racontait l'opération du 24 un peu différemment : les hommes de Vauthier étaient bien venus par Pont de Poitte et Montaigu en camions. Ils avaient rejoint les positions prévues, derrière la gare, silencieux de la voix et des pieds (les pataugas n'existaient pas encore). A 2 heures ils étaient prêts. Vers 2 heures 30 un maladroit avait laissé tombé sa sten; le coup partit et tout le monde avait tiré (5). On disait même que l'un des nôtres avait été touché par une balle française perdue. Vauthier, heureusement rétablit la vérité.

Les allemands étaient partis et c'était l'essentiel. Mais maintenant encore les avis divergent. On s'en rend compte à la lecture des articles de presse écrits chaque 24 août.

François Marcot ("La Résistance dans le Jura" paru en 1985) reprend les termes de maître Vuillard et en fait une analyse détaillée qu'il complète par plusieurs autres témoignages, en particulier ceux des généraux Le Henry et Simonin. Il rappelle la conclusion du général Simonin "Certes l'action principale contre les hôtels Doise et Carier a échoué mais presque tous les postes extérieurs ont été pris".

Ajoutons un petit fait dont les anciens se souviennent peut-être et que rapporte maître Vuillard dans son exposé. En 1983 il gardait encore dans son bureau un fanion, brodé par des dames de Champagnole fin juin. Ce fanion lui avait été remis officiellement par le colonel Jaboulay (Belleroche) adjoint du colonel Bayard (Descours), au cours d'une prise d'armes dans la plaine de Chalain devant plus de 600 maquisards impeccablement alignés et présentant armes. Ce fanion participait au défilé à Lons le 15 septembre en tête des sections Vauthier.

Au départ de Fontenu, personne ne parlait d'une opération "coup de main" et c'est normal. Les gars étaient partis pour amener l'ennemi à la reddition. Vauthier déclare d'ailleurs qu'il avait défendu cet objectif à la réunion du 22 août. Ce n'est que longtemps après qu'on a entendu parler de coup de main. En tout cas le 25 août c'était l'euphorie, toutes les fenêtres de Lons étaient pavoisées, et beaucoup de maquisards avaient rejoint leur foyer. Mais le 26 les drapeaux étaient rangés et les maquisards repartis. Une colonne allemande venant de Lyon était signalée à Saint-Amour. Le 27 cette colonne bifurquait en direction de Louhans. Les drapeaux revenaient aux fenêtres et les maquisards rentraient pour de bon. La rue des écoles pleurait et enterrait ses morts.

(2) l'industriel qui avait fabriqué ces chaussures a eu quelques ennuis après la libération. Cependant beaucoup de ces chaussures avaient été sabotées d'un coup de tranchet sur la semelle intérieure.

(3) Maître Vuillard s'abstient de préciser que celui qui l'avait prévenu du départ de ces allemands a lui aussi été tué bien qu'il ait porté ostensiblement un foulard blanc pour être reconnu. Sa fille recherchait encore en 2002 le lieu de son enterrement. Il ne dit pas non plus ce que sont devenus les prisonniers. Voir plus loin les Hollandais

(4) Le terrain de parachutage se trouvait à La Charne. Les containers étaient tombés assez loin de la drop-zone et il avait fallu les traîner à travers un champ de pommes de terre. La toile des parachutes fit le bonheur de beaucoup de dames et demoiselles qui en firent de très jolies corsages.

(5) Dans le progrès du 27 août 2005, un article intitulé "le jour le plus long" rapporte un témoignage de Maurice Loisy, qui avait rejoint le maquis Vauthier avec l'équipe de rugbymen de Ricard et qui a participé à la libération de lons. Il était chef d'un groupe de choc. Voici un extrait de ce témoignage :

"Au total 600 hommes se préparent. On attend le signal. Maurice Ropraz, en charge du fusil-mitrailleur, vérifie que son arme fonctionne. Mais il a oublié le cran d'arrêt. Une balle part, elle deviendra le signal involontaire. L'attaque contre le quartier général, situé dans l'hôtel Doise, se déclenche. Bazoukas, mitraillettes, grenades, les rues de la ville crépitent des échos de la libération. Une fois l'attaque terminée, les maquisards retournent dans leur cache, décidés à revenir le lendemain pour finir le boulot. Mais le lendemain les allemands sont partis."

Ce n'est donc pas une sentinelle ennemie qui à 2 heures 25, a tiré un coup de feu intempestif, et il n'est pas tout à fait vrai que "rien n'a bougé chez nous" comme le dit Vauthier. L'essentiel est que le résultat ait été le même : à quatre heures, heure initialemement prévue pour l'attaque, il n'y a plus de munitions. Vauthier ordonne le retour. Les allemands partent de leur côté.

Et Foncine le Bas ?

Et bien ! dans son livre de 332 pages qui ne parle que des maquis de l'ex-zone libre, François Marcot cite deux fois (pages 270 et 271) Foncine le Bas, qui se trouvait pourtant en zone occupée :

- 21 août 1941 à Foncine le Bas, sabotage du câble militaire allemand

- 1er août 1944 à Foncine le bas, sabotage du câble militaire allemand

Qui a fait ça ?


menuLe cas HASSAN

En 1941-1942 Weber est adjudant-chef, vaguemestre au 1er bataillon du 151eme RI à la caserne Michel à Lons.

On disait, mais c'est à vérifier, que, né en Alsace, et encore mineur, il était tout naturellement devenu français avec ses parents en 1919, alors que deux de ses frères, plus âgés et déjà engagés,étaient restés allemands. Il est certain en tout cas qu'il connaissait parfaitement les allemands et leur langue. Il est certain aussi qu'il avait du caractère.

André Le Henry (dit Chauvel). Ancien élève des écoles militaires préparatoires des Andelys et d'Autun. Capitaine d'active. Chef des corps francs de la libération du Jura (maquis FFI) en 1944. Commandant du 1er bataillon FFI du Jura devenu le 1/159 de 1944 à 1946.

Fin novembre 1942, l'armée d'armistice est dissoute. Quelques officiers du 15.1 créent l'Armée Secrète. Entre autres les commandants FOUCAULD (et son fidèle Victor Moureau), BOIXEDA, LE HENRY ... Le commandant Foucauld estime que Weber pourrait lui rendre de grands services s'il devenait interprète à la Kommandantur de Lons. Les allemands font probablement le même raisonnement, mais en sens inverse. Weber est donc retenu. Il sauve sans doute de la déportation quelques jurassiens, mais pas tous évidemment.

Le 26 avril, le commandant Foucauld est assassiné par les allemands à Saint-Georges. Romuald Vandelle (le commandant Louis), chez qui il se rendait en rentrant du Haut-Jura, avait tenté vainement de lui faire dire que sa maison à Saint-Georges était surveillée et qu'il devrait passer à Cesancey où des consignes l'attendaient.

En juin Weber quitte Lons et se présente à la gare de Publy que tient Madame Moureau, la mère de Victor Moureau. Il demande à Colette, une fille de cette dame, de descendre à Lons pour informer sa femme de son départ, et il est dirigé vers Vauthier dans les bois de Marigny. Vauthier lui donne le commandement d'une section qui deviendra rapidement une compagnie. Il devient "Hassan". Tout cela ne semble pas avoir pu être fait sans l'intervention de l'état-major.

Son autorité est reconnue et il est de toutes les grosses opérations. François Marcot cite son nom cinq fois : A Andelot le 22 juillet, à Pont d'Héry le 1er août, ... Il se distingue particulièrement à Ilay les 3 et 4 août. Le général Le Henry le cite en exemple ; il a du constituer une unité de 500 hommes pour intervenir sur les arrières des allemands qui attaquent les maquis de l'Ain. Voici, rapportés par François Marcot ce qu'il écrit :

"Le peloton Hassan rejoint la zone de concentration 24 heures après avoir reçu l'ordre de mouvement en exécutant une marche forcée de 40 km. Ces hommes sont pourtant mal chaussés et fatigués à la suite d'engagements précédents.

Le 14 juillet à 16 heures, j'inspecte les hommes avant leur départ pour le feu. Ils ont un allant remarquable surtout chez Hassan et Val où l'on manifeste hautement la volonté d'accrocher l'ennemi.

Le 15 juillet les chefs de peloton Hassan, Val et Jojo entraînent courageusement quelques hommes de leurs unités et bondissent sur les convois"

Et le 26 novembre 1983 à Vincennes devant les adhérents du Jura Français, maître Vuillard qui termine son exposé en citant ses amis du maquis, dit "C'est toi Hassan avec ton audace folle que j'avais vu à Pont d'Héry debout sur la route tirant du fusil à bout portant, tandis que le sol autour de toi se piquetait de balles qui t'étaient destinées".

Vers le 10 septembre, le Jura étant libéré, beaucoup de maquisards rentrent chez eux. Vauthier lui-même redevient maître Vuillard et rejoint son étude de Lyon. Le lieutenant Weber reçoit le commandement de la compagnie formée pour recevoir ceux qui se sont engagés pour la durées de la guerre.

Le 20 novembre, il disparaît (6). Il aurait été enlevé par des milices patriotiques. Il réapparaît en avril 1945 : il est rendu aux autorités légales et incarcéré à la prison de Lons.

Le 2 mai 1945 il comparait devant la cour de justice de Lons, il est accusé d'avoir collaboré avec les allemands et favorisé, voire provoqué, certaines déportations. Le procès dure trois jours. Maître Vuillard qui assure la défense fait grosse impression sur les nombreux spectateurs, tantôt sommant le président de requérir le témoignage du préfet, tantôt ridiculisant un témoin qui affirmait que si les allemands n'avaient pas tiré sur l'accusé lors des combats, c'est qu'ils en avaient reçu l'ordre.

Weber est acquitté. Il est porté en triomphe dans les rues de Lons. Le Progrès de Lyon (édition du Jura) publie un long compte-rendu qu'il intitule "L'interprète allemand devant la cour de justice, un procès fertile en incidents". Puis il part se reposer quelque part dans le midi.

A son retour il apprend que de nouvelles plaintes ont été déposées contre lui par des déportés après son acquittement. Il ne veut pas subir un nouveau procès. Il demande à partir pour l'Indochine. Avant de partir, il remet à Maître Vuillard une enveloppe cachetée et lui demande l'autorisation de le désigner comme "personne à prévenir en cas d'accident".

Le 26 décembre 1946 le lieutenant Charles Weber du 1er RE.I est tué à Haiphong. Son nom est gravé sur un mur du mémorial de Fréjus.

En janvier Maître Vuillard rentrait à Lyon après avoir accompli cette dernière volonté et retrouvait dans l'autorail Strasbourg-Lyon un ancien de son maquis à qui il annonçait ce décès.

Le cas Weber est sans doute exceptionnel mais il n'est pas unique. En définitive il n'y a pas eu de procès ; il est donc peu probable que nous connaissions un jour la vérité.

(6) Après l'enlèvement de Weber, la compagnie qu'il commandait à la caserne Michel a été commandée par le capitaine Toth. Il s'agissait du capitaine "Tonton" qui avait réussi le 27 août à sortir de la caserne Bernard de Dole, occupée par les allemands, et à conduire dans son maquis, un stock important d'armes et de munitions.

Gratien Guyon, le 10 septembre 2003


La bibliothèque municipale de Lyon m’a aimablement fait parvenir une copie de l'article paru dans "Le Progrès de Lyon", édition du 5 mai 1945 intitulé :

"L’interprète allemand Weber devant la cour de Justice au terme d’un procès fertile en incidents".

En voici quelques extraits qui compléteront ce qui est dit ci-dessus:

Une affaire qui attira deux jours durant une foule considérable, à l’intérieur et aux abords de la salle des assises ... 73 témoins ... Weber, 42 ans, paraît vêtu de son uniforme français de lieutenant et la poitrine recouverte d’une douzaine de décorations.

Sous-officier de la Légion Étrangère, il entre en 1942, par ordre de la Résistance, comme interprète à la kommandantur de Lons le Saunier. Il y reste jusqu’au 18 juin 1944, date à laquelle il dût partir au maquis Vauthier commandé par maître Vuillard son défenseur d’aujourd’hui. Il est accusé d’avoir joué double jeu et d’avoir servi aussi bien les allemands que les patriotes ...

Effectivement, des faits troublants viennent jeter la suspicion sur son activité ... Lors des arrestations opérées par la gestapo il prévenait toujours trop tard celui qui allait être appréhendé. M. Feugas, ancien commissaire de police, président du CDL, accuse Weber d’avoir révélé aux allemands le lieu où il se cachait.

Weber, lui, accuse M. Feugas d’être le responsable de son arrestation par la police nazie. D’où un incident très vif ...
D’autres témoins viendront se plaindre de l‘ancien commissaire de police de Lons qui livrait un peu trop facilement des noms de résistants aux autorités occupantes. Les débats s’enveniment et prennent un caractère passionné ...

Le préfet du Jura est appelé pour apporter des éclaircissements sur l’incident Feugas. Le président parvient, non sans mal, à ramener le procès à sa destination première. Les colonels Louis (Vandelle) et Marielle-Trehouard, appportent à Weber un magnifique témoignage d’estime et de confiance, certifiant hautement la probité et l’exemplaire valeur morale de l’accusé. A la fin de sa déposition le colonel Marielle-Trehouard se tourne vers celui qui, dans le maquis était lieutenant sous ses ordres et lui dit, avec une émotion non contenue "Weber, ton colonel te garde toute sa confiance. Lorsque tu seras lavé des accusations qui pèsent sur toi, il t’accueillera avec joie dans son régiment qui combat en Italie".

 

D’autres officiers supérieurs ayant connu Weber viendront témoigner en faveur du prévenu et à chaque déposition un nouvel incident surgit, une nouvelle culpabilité paraît devoir être retenue tant ce procès a des ramifications dans tous les milieux de la région.
Me Rogier, commissaire du gouvernement demande un supplément d’information durant lequel Weber serait remis en liberté. Me Vuillard défend son ancien compagnon d’arme avec une fougue et un talent qui arrachent bien souvent de longs applaudissements. Il veut que Weber sorte de l’enceinte complètement blanchi et la tête haute.
Après une courte délibération, les quatre jurés reconnaissent que l’accusé est innocent et ordonnent sa remise immédiate en liberté.

Une immense ovation salue ce verdict. Les colonels Louis et Marielle-Trehouard se précipitent pour embrasser Weber tandis que la foule réclame ce dernier pour le porter en triomphe.


Dès sa libération Weber part se reposer dans le midi. A son retour il apprend qu’il va être traduit à nouveau devant la cours de justice; Feugas ne l’a pas lâché. Il préfère alors rejoindre la Légion Etrangère en Indochine et y mourir.

Beaucoup de choses ont été dites par la suite.

Quelqu’un aurait reconnu Weber se pavanant sous un képi de capitaine dans un état-major de Metz en 1947 (???).
D’autres assurent qu’il a été assassiné en Indochine, par ordre venu du ministère (???).

Une enquête a révélé qu’il était passé plusieurs fois autour de la maison Vandelle les jours précédents l’assassinat du commandant Foucaud. Il est donc soupçonné, après le procès, d’avoir vendu son chef aux allemands.

Lui, de sa prison, écrit, avant le procès, à la veuve du Commandant Foucaud et lui affirme qu’il a tenté sans succès de prévenir Mr. Vandelle des intentions des allemands.

Une chose est certaine : même dans l’armée,Weber n’avait pas que des amis. Il était soumis au commandant Foucaud qui, semble-t-il, lui avait rendu un très grand service. Après la mort de ce dernier, ses liens avec la Résistance étaient devenus difficiles. Il était cependant resté en liaison, au moins, avec la famille Foucaud et avec le Lieutenant Moureau secrétaire du commandant Foucaud puisque c’est la famille de cet officier, alors à la gare de Publy, qui l’a dirigé vers Vauthier à la Fruitière..


menuLe 15.1 et la Résistance dans le Jura

Il y avait dans les FFI du Jura et au maquis Vauthier en particulier, plusieurs officiers et sous-officiers venus du 151eme RI. Le général Simonin en a compté dix sur les douze chefs de districts présents à la date du 6 juin.

On sait que dans ce régiment, comme dans tous ceux de l'armée d'armistice, on chantait "Maréchal nous voilà". On sait moins (car on le dit moins) qu'on y chantait aussi et bien plus souvent "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine". Car au 15.1 on n'aimait pas les allemands, et toutes les occasions, même dangereuses, étaient bonnes pour le faire savoir. Un colonel a payé cher l'habitude qu'avait une certaine compagnie d'entonner spontanément cette dernière chanson dès l'apparition d'un uniforme vert de gris. Cela ne veut pas dire que beaucoup d'officiers ou sous officiers de ce régiment ont pris le maquis, surtout avant le 25 août, mais seulement que bien peu avaient de la sympathie pour l'occupant.

Il est bien dommage qu'aucun témoin n'ait raconté la vie du premier bataillon (commandant Fayard), entre les 10 et 29 novembre 1942.

Après quelques jours d'hésitation où on se pose la question "le régiment prend-t-il le maquis ou accepte-t-il la dissolution" ?

- départ pour Hyères, les allemands laissant à la France le soin d'interdire aux américains, en Afrique du Nord depuis le 8 novembre, de débarquer dans ce secteur ;
- séjour d'une semaine au Mont des oiseaux qui se termine par une correction sévère à un groupe de soldats italiens ;
- retour à Lons par le train, en deux jours comme à l'aller ;
- astuce du colonel qui permet de retarder de 2 jours la prise de possession de la caserne Michel par les allemands. Les commandants de compagnies munissent de faux-papiers tous les engagés nés en Alsace-Lorraine ; Le commandant Chauvelot peut faire sortir presque tous les chevaux et beaucoup de denrées alimentaires non périssables et divers effets.
- cérémonie des adieux le 27 à la nuit, discours du chef de bataillon. Le silence était impressionnant, les gorges serrées et les yeux humides.

- Ci-dessous copie d'une note d'un service secret allemand dont la conclusion est claire : "Il s'avère que les officiers du 15.1 sont farouchement hostiles à l'Allemagne et à chaque occasion affirment bien officiellement que l'Alsace-Lorraine serait sous peu reconquise par la France ... je vous demande d'examiner si ... l'on ne pourrait arriver à entraver la propagande anti-allemande dans ce régiment".

Cette note datée du 27 avril 1942 se réfère à l'arrestation de Paul Koepfler qui sera assassiné à Poligny.


menuLe Commandant Foucaud

Voir également : Les obsèques du Commandant Foucaud

Ancien des chars, ancien chef d'état-major du 151 à Lons, le commandant FOUCAUD a été nommé chef départemental des FFI en mai 1943. En avril 1944, après une inspection dans le Haut-Jura, il se rend chez Romuald VANDELLE, au château de Saint-Georges, où se trouve le PC des FFI. Vers midi les allemands encerclent le château. Le capitaine LE HENRI et le capitaine VANDELLE peuvent s'échapper. Madame Marie Rose VANDELLE est déportée. Le commandant FOUCAUD reste accroché dans une barrière de fils de fer barbelés et il est abattu. Les allemands interdiront qu'on enlève son corps durant plusieurs jours. Le château est incendié.
Ci-dessous, deux photos du monument du commandant Foucaud, à Saint-Georges

Monument du commandant Foucaud, à Saint-Georges

Ci-dessous, tombe du colonel Romuald VANDELLE 1898 - 1969, ancien chef des FFI du Jura, telle qu'on pouvait la voir au cimetière de Saint-Georges le 1er novembre 2003. La concession de cette place de cimetière étant venue à expiration, la tombe risquait d'être détruite. Elle a été sauvée de justesse par le Souvenir Français.

menuRomuald Vandelle

Qui était donc ce musicien, qui, en 1943-1944, cachait dans son château de Saint-Georges, l'état-major des FFI du Jura, et qui a remplacé à la tête des maquis du département, le Commandant Foucaud assassiné près de chez lui, le 26 avril 1944.

Romuald Vandelle

Robert Ranquet répond à cette question en communiquant un extrait d'une notice nécrologique de 1969. Il n'y est question que du musicien. On n'est pas étonné qu'il ait participé à un haut niveau à la Résistance. Mais constater qu'il ait pu être nommé chef départemental des FFI, avec autorité surnombre d'officiers d'active venus de l'armée d'armistice, peut surprendre. C'est cependant la réalité.

Merci à Robert Ranquet de m'autoriser à placer ici son document. Il est bien de rappeler que la Résistance n'était pas faite que de militaires.

renseignements extraits de la notice nécrologique par Noélie Pierront dans la revue "L’Orgue", 1969 – n°125

Romuald Vandelle (Beaune 1895 – Saint Georges Gevingey 9 août 1969)

R. Vandelle fut un pionnier à de multiples titres : il fut l’un des premiers à organiser des concerts pour les jeunes, dès 1922 à la salle des Quatuors Gaveau, puis ensuite dans les collèges et lycées, et même en Afrique du Nord.


Il fut très actif dans les années 1920 – 1932 avec son quatuor composé de lui-même au 1er violon, de Emile Danais au 2nd violon, de sa femme Marie-Rose Vandelle-Lamon à l’alto et de Eugène Bousquet au violoncelle. Il fut l’un des premiers à faire entendre en France les quatuors de Bartok, de Schoenberg et de Wischnedgradsky.


A la libération, il reprit ses activités de musicien, d’abord comme directeur musical de Radio-Alger (1948-1956), puis comme chef du service des émissions symphoniques de l’ORTF, et enfin comme fondateur, avec Pierre Schaeffer, du Groupe de Recherches Musicales, ancêtre de l’IRCAM. C’est dire qu’il joua un grand rôle dans l’avènement de la musique contemporaine en France, dans ses aspects les plus novateurs.

Selon Bernard Gavoty, il pratiqua comme compositeur un langage franchement atonal, voire dodécaphonique, mais ne se rallia pas à la musique sérielle.

Si aujourd’hui ne figurent plus guère au catalogue que sa pièce pour piano "Marines" et sa messe "Gaudent in Coelis Anima Sanctorum", il fut un compositeur fécond avec environ 80 œuvres, mais dont une quarantaine seulement survécut à l’incendie de sa maison en 1944.

On note, outre les pièces déjà citées, une symphonie, plusieurs quatuors, sonates pour violon et piano, et de nombreux chœurs et mélodies. Dans le domaine de la musique sacrée, il s’est efforcé de répondre aux directives du Motu Proprio de Pie X par un retour aux sources grégoriennes. Il a laissé dix messes, de nombreux motets, un Te deum, et une œuvre d’orgue importante, le "Chemin de Croix" (1949), dédié à Noélie Pierront.

Romuald Vandelle, au centre de la photo, en septembre 1944


menuLes Hollandais aux foulards blancs

Lambert Van Soest

A propos de l'affaire de Pont d'Héry (1er août 1944) voici un article paru dans le Progrès du 20 mai 2002 qui reflète bien la situation du moment et qu'il n'est pas besoin de commenter. La fille de cette victime, cherchait encore en 2002 ce qu'était devenu le corps de ce militaire.

Ceci se passe le 1er août 1944. Sur le front ouest, les troupes américaines avancent en direction de Paris. A l'intérieur du pays, la présence des maquis, pourtant bien mal équipés, maintient dans les rangs de l'occupant, une atmosphère fébrile. Déjà, certaines structures, devenues non opérationnelles, doivent être repliées. C'est le cas notamment des éléments principaux de l'organisation Todt. Cette structure chargée d'exploiter les ressources "civiles" du pays, ne dispose plus des appuis nécessaires pour agir de manière rationnelle. En ce mois de juillet, quelques importants convois, puissamment protégés, sont encore organisés. Mais partout, ils sont l'objet de raids menés par les maquis.

C'est donc un convoi routier qui quitte Champagnole au petit matin. Il doit rallier, dans la journée, Besançon. Mais, la Résistance a été prévenue. Parmi les troupes allemandes, sont incorporés, par différents processus, des hommes aux convictions germanophiles peu affirmées. On trouve notamment, un certain nombre de hollandais.

Deux d'entre eux sont en contact direct avec les mouvements clandestins français. L'un d'eux s'appelle Lambert Van Soest. Il est depuis un certain temps en liaison avec "Marie Claire" alias Berthe Picaud, animatrice des mouvements FFI champagnolais. Plusieurs fois, il lui a remis des armes et des munitions dérobées aux Allemands. C'est lui qui, par le même moyen, averti la Résistance de cet important déplacement.

 

 

Un des deux pont de chemin de fer, entre Andelot et Pont d'Héry

L'information a été immédiatement transmise au capitaine Vauthier (Paul Vuillard). C'est lui qui, en liaison avec d'autres groupes dont "Creux de fer" d'Andelot, organise l'embuscade. L'endroit est judicieusement choisi.

Entre Andelot et Pont d'Héry, la route se glisse sous deux ponts de chemin de fer distant, l'un de l'autre, d'environ 300 mètres. Les maquisards postés sur les talus surplombants qui amènent aux ponts, ont élaboré un piège parfait. Un convoi, engagé entre les deux ouvrages n'a aucune possibilité de dégagement.

Naturellement Vauthier, connaît la présence sur le convoi, des deux hollandais. On leur a d'ailleurs, recommandé, en signe de reconnaissance, de nouer à leurs cous, des foulards blancs. Lambert Van Soest est bien là. C'est même lui qui, sur le toit d'un camion, est derrière le fusil mitrailleur.

L'attaque a lieu à cinq heures et demie. Les tirs fusent de partout, des grenades Gamon, lancées du haut du talus de chemin de fer, hachent littéralement les camions. Les Allemands tentent de se protéger derrière les ouvriers civils qui se trouvaient sur le convoi. Ils s'abritent sous le pont. Dans la mêlée, Lambert Van Soest est tué. Que s'est-il passé ? L'autre hollandais, enfui avec les maquisards après le combat, racontera que démasqué au moment de l'attaque, il fut abattu par un Allemand.

Apparemment, on se méfiait préalablement de lui. De toutes façons, l'engagement fut sérieux. De "nombreux" Allemands furent tués ou gravement blessés. Tous les assaillants sont saufs mais ceux-ci doivent décrocher rapidement car deux camions ennemis arrivent et tentent de les prendre à revers.

L'affaire est ancienne et l'histoire des deux Hollandais bien oubliée. Seuls subsistent deux sobres récits, écrits après la Libération par le capitaine Vauthier, redevenu maître Paul Vuillard, pour l'un et par Berthe Picaud, pour le second. Assurément ces deux "certificats" avaient servi au Hollandais subsistant, pour expliquer les conditions qui lui avaient, dans un premier temps, mit un uniforme allemand sur le dos, avant de terminer la guerre dans les rangs FFI. Ils ne s'étendent guère sur le cas Van Soest. C'est pourtant ces maigres informations qui ont amené Bep Groot dans le Jura. Elle est la fille de Lambert et, à ce jour, elle ignorait les circonstances dans lesquelles son père avait trouvé la mort. Elle est allée à Andelot, entre les ponts de chemin de fer.

Elle a rencontré de bien rares témoins. Mais les zones d'ombres restent nombreuses. Elle ignore notamment, mais le cas n'est pas unique, où est enterré son père. Il s'est avéré en tout cas, que les Allemands, tant qu'ils le purent, rapatrièrent les corps de leurs camarades tués au combat. Était-ce encore le cas en juillet 44 ? C'est ce que Bep Groot aimerait savoir, pour rendre un tardif hommage à ce père qu'elle n'a pas connu.

On découvre cette plaque sur les lieux du combat.

C’est Bep Groot, la fille de Lambert, qui l’a posée à cet endroit et qui vient chaque année la fleurir.

Le  devoir de mémoire  ne nous oblige-t-il pas, à nous souvenir, avec Bep, de ce hollandais de 22 ans, portant l’uniforme allemand, mais aimant les champagnolais et aimé d’eux, tué par une grenade française alors qu’il voulait nous aider.


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