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Louis Pergaud

Louis Pergaud, Prix Goncourt 1910

C’était un soir de printemps, un soir tiède de mars que rien ne distinguait des autres, un soir de pleine lune et de grand vent qui maintenait dans leur prison de gomme, sous la menace d'une gelée possible, les bourgeons hésitants.
Ce n'était pas pour Goupil un soir comme les autres.
Déjà l'heure grise qui tend ses crêpes d'ombre sur la campagne, surhaussant les cimes, approfondissant les vallons, avait fait sortir de leurs demeures les bêtes des bois. Mais lui, insensible en apparence à la vie mystérieuse qui s'agitait dans cette ombre familière, terré dans le trou du rocher des Moraies où, serré de près par le chien du braconnier Lisée, il s'était venu réfugier le matin, ne se préparait point à s'y mêler comme il le faisait chaque soir ... ("De Goupil à Margot" premières lignes)

J'ai grandi, libre et sain, comme un arbre en plein vent,
L'air vif de la Comté tanna ma rude écorce
Et, gonflant de santé les bourgeons de ma force,
Me fit un front farouche avec un coeur d'enfant.


Le malheur, paternel, a veillé sur mes ans,
Les destins déchaînés ont fait fléchir mon torse
Sans que la peur, ce vin dont le désir se corse,
Ait fait chanter plus clair les sources de mon sang.


J'ai jeté ma jeunesse au loin comme un manteau
Dont je laisse, pensif, du fond des capitales
Polluer la blancheur et froisser les lambeaux;


Mais des désirs puissants ont rénové ma sève
Et les haines soufflant des montagnes natales Ne pourront plus courber les tiges de mon rêve.

("Renaissance")


l'école de Longeverne dans la "Guerre des gosses" de Jacques Daroy

Louis Pergaud n'est pas de chez nous, mais les Longevernes ne sont pas loin. Et puis ses élèves, leurs parents, les chasseurs et leurs chiens, les forêts et tous leurs habitants sont semblables aux nôtres. Chacun de nous se reconnaît ou reconnaît un de ses voisins dans ses personnages.

Qui n'a pas lu "La guerre des boutons" ? dans les années 1890, les enfants de Longeverne, commandés par Lebrac, et les enfants de Velrans, emmenés par l'Aztec des Gués, s'affrontent en combats épiques pour régler une question d'honneur qui n'est en réalité qu'une résurgence d'un différend ancestral.

Louis Pergaud est né en 1882, à l'école de Belmont (Doubs) où son père, instituteur, avait épousé une fille du pays. Il fréquentera l'école primaire de Nans-sous-Sainte-Anne où son père avait été muté, de 1889 à 1891, puis il habita à Guyans-Vennes et à Fallerans, suivant les nominations paternelles.

Il fut élève de l'école primaire de garçons et du collège construits à Besançon, sur l'emplacement de l'ancien arsenal, au n°1 de la rue Mégevand, avant d'entrer à l'école normale d'instituteurs, au n°6 de la rue de la Madeleine, de 1898 à 1901. Ses parents moururent à Fallerans en 1900, à un mois d'intervalle, dans ce village où son père avait occupé son dernier poste d'instituteur. Ils furent enterrés dans le cimetière attenant à l'église.

A sa sortie de l'école normale de Besançon, il devint instituteur à Durnes puis à Landresse (le Longeverne de "La guerre des boutons") avant de tout abandonner pour s'installer à Paris. Parmi ses romans les plus célèbres, on note :

Le sous-lieutenant  Louis Pergaud, en 1914

"De Goupil à Margot" couronné par l'Académie Goncourt en 1910; "La Guerre des boutons" (1912), "Le Roman de Miraut, chien de chasse" (1914), "l'Aube - L'herbe d'avril" (deux recueils de poèmes), "Les Rustiques" (écrit en 1914 mais édité en 1921) dont sont tirés plusieurs textes de ce chapitre.

Ce grand écrivain régionaliste devait être porté disparu en 1915, pendant la Grande Guerre, après un combat à Marcheville dans la Meuse.

Dans la préface de "La Guerre des boutons", Pergaud ouvre son coeur :

"J'ai voulu faire un livre sain, qui fut à la fois gaulois, épique et rabelaisien, un livre où coulât la sève, la vie, l'enthousiasme : et ce rire, ce grand rire joyeux qui devait secouer les tripes de nos pères ... j'ai voulu restituer un instant de ma vie d'enfant, de notre vie enthousiaste et brutale de vigoureux sauvageons dans ce qu'elle eut de franc et d'héroïque, c'est à dire libérée des hypocrisies de la famille et de l'école ... le souci de la sincérité serait mon prétexte, si je voulais me faire pardonner les mots hardis et les expressions violemment colorées de mes héros. Mais personne n'est obligé de me lire ...

Au demeurant, et c'est ma meilleure excuse, j'ai conçu ce livre dans la joie; je l'ai écrit avec volupté; il a amusé quelques amis et fait rire mon éditeur : j'ai le droit d'espérer qu'il plaira "aux hommes de bonne volonté" ... et pour ce qui est du reste, comme dit Lebrac, un de mes héros, je m'en fous".


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