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De La Palice à la Chaux des Crotenay

Chateau de Chabannes, à La Palisse (document transmis par Pierre Desmarais)

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Pour nous, jurassiens du 21ème siècle, La Palice est celui qui "un quart d'heure avant sa mort était encore en vie".

Les gens de La Palisse, qui connaissent leur histoire, disent "erreur". Ils rappellent sur un joli dépliant que Monsieur de La Palice, de son vrai nom Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palisse, Maréchal et Grand Maître de France, surtout connu pour ses vérités, s'est distingué dans toutes les guerres d'Italie sous trois rois, qu'il était parrain de Bayard, le "chevalier sans peur et sans reproche", et que le texte original de la chanson de Pavie est : "Il est mort devant Pavie. Hélas ! s'il n'était pas mort, il ferait encore envie".

Bataille de Pavie, capture de François 1er

Pierre Desmarais s'intéresse à cette célébrité. Il a découvert, en promenant la souris de son ordinateur, une descendante de La Palice, que le docteur René Chambelland cite dans ses deux livres et surtout dans son "Historique de la baronnie", comme "inhumée dans l'église de la Chaux des Crotenay devant l'autel". Il s'agit de Catherine de Bruges.

Voici résumé, ce qu'écrit Pierre Desmarais :


dessin de Pierre Desmarais

Le grand-père de cette Catherine est Jean V de Bruges, fils de Louis de Bruges, chevalier de la Toison d'or. Il est capitaine d'Abbeville, gouverneur de la Picardie. Au service de Charles le Téméraire, il est capturé en 1479 et passe quelques temps dans les cages de Louis XI. Puis il se rallie à ce roi rusé, qui en échange, le gratifie de l'office de Sénéchal d'Anjou avec des revenus considérables prélevés sur la gabelle, et en plus, lui donne en mariage sa propre nièce, Anne de Bueil, fille naturelle d'Agnès Sorel.

document communiqué par Pierre Desmarais

En novembre 1505, Jean V de Bruges épouse en troisième noce Marie de Melun d'Epinoy. Celle-ci lui donne trois enfants, Louis et Anne qui mourront à 20 et 23 ans, et René. A la mort de leur père, à Abbeville en 1512, Marie de Melun les confie en tutelle à deux magistrats échevins de la ville de Bruges, puis en 1513 elle se remarie à Monsieur de LA PALICE (qui sera fait Maréchal de France en 1515).

René se met au service des Habsbourg et mène une vie des plus dissolue. Il disperse l'immense fortune des seigneurs de Bruges, si bien qu'ayant été reconnu de santé psychologique "fragile et plus que douteuse", la justice de l'Empereur charge ses curateurs de gérer et d'administrer ses domaines. Il se marie en 1552 à Béatrice de la Chambre-Seyssel. Une souscription est ouverte dans le pays pour financer les noces. De ce mariage indigent naît un seul enfant, Catherine de Bruges-la-Gruthuse. René meurt à Bruges en 1572 quasiment ruiné et criblé de dettes.

Cette Catherine a, dit-on, un tempérament bien trempé et une existence amoureuse riche et mouvementée. Elle reçoit de son fantasque père, un héritage complètement obéré par le volume de ses dettes : 12000 florins or empruntés à des usuriers marchands négociants juifs du port d'Anvers.

Elle se marie cinq fois :

Le 15 juin 1574 à Louis de la Baume Poupet, Comte de Saint-Amour, baron de la Chaux des Crotenay, mort vers 1594 ?

Puis à Charles de Messey, seigneur de Montjouvent (Charolais). CATHERINE DE BRUGES aura de cette union, un unique fils : Marie-François de Montjouvent. En 1596, Charles De Messey est assassiné d'un coup de pistolet aux reins, par un dénommé La Débauche et par un certain De Marchizeuil. Le bailliage royal de Mâcon condamna par sentence, les dénommés assassins ci-dessus cités, à la peine suivante :

"d'estre rompus et brisez par l'Exécuteur de la Haulte Justice sur une croix, en la place de ceste ville de Mascon appelée la Court-du-Prévost, si appréhendez peulvent estre, et après liés sur une roue, les visaiges tornés en hault, y demeurer jusques ad ce que mort s'ensuyve, les condempnant davantaige, chascung d'eulx seul et pour le tout, en l'amende de cinq cens escuz envers le roy et somme de quatre mil escuz envers ame CATHERINE DE BRUGES, veuve dudict seigneur de Montjouvent et Marie-François, leur filz" (Archives de Saône et Loire B. 918).

Puis à Scipion de Champier, seigneur de Saint-Hilaire, capitaine de 100 gentilhommes de la Maison du roi. Celui-ci est tué en duel à Paris, dans un combat public, par le Comte de saint-Amour Emmanel-Philibert de La Baume; fils aîné de CATHERINE et de son premier mari Louis de La Baume-Poupet (Bibliothèque de Besançon : Fond Granvelle).

Quatrièmement, à Achilles de l'Hospital, seigneur de Cordoux (Gâtinais).

Enfin le 30 avril 1621, au château de Montmirail en Perche, à René de la Haye, seigneur de Reyseux;

Salon doré du château de LAPALISSE (Allier), document  transmis par Pierre Desmarais

De son premier mari elle a six enfants (tableau ci-dessous)

Louis de la BAUME

Comte de Saint-Amour, Ambassadeur du Duc de Savoie, Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade, Seigneur de La Chaux, Marteray, Montfalconnet, Sandrens, La Balme sur Cerdon, Peres, Salins, etc ...

épousa le 15 juin 1574

Catherine de BRUGES

Princesse de Steenhuyse, Dame de La Gruthuse, Berchem, Espièrres, Avelghem, Hamstede, Thielt, Oostkamp en Flandre, Dame de Famechon et de Braches en Picardie, Baronne de Montmirail, Authon, La Bazoche-Gouet au Perche

Emmanuel Philibert

Comte de St Amour

+ le 28.06.1622

Guillaume

(+ en 1579)

Charles-Emmanuel

Seigneur de la Chaux (+ en 1584

Philippe

Prieur de Vaux, Abbé de Luxeuil

+ en 1632

Antoine

Baron de la Chaux

Françoise Catherine
épousa en 1599
Hélène Perrenot de Granvelle était la nièce de l'illustre Cardinal De Granvelle, fameux Chancelier de Charles-Quint, Ambassadeur, Gouverneur des Pays-Bas, Archevêque de Besançon et de Malines (en Flandre)
épousa en 1602
 

Hélène

Perrenot de Granvelle

Jeanne de Richardot
d'où
d'où
Catherine
Catherine, dite aussi Catherine de Bruges
Jacques-Nicolas
Jeanne de Richardot était la 8ème fille de Jean Grusset de Richardot célèbre Président du Conseil Privé des Pays-Bas, pour les Archiducs Albert et Isabelle, Gouverneurs des Pays-Bas
épousa en juillet 1622
Philippe

Albert Eugène de Geneve-Lullin

Caroline
Marquis de Lullin, Chevalier de l'Ordre de Savoie
Nicolas
Geneviève

église de la Chaux des Crotenay

L'aîné, Emmanuel Philibert, Comte de Saint-Amour (celui qui a tué en duel le troisième mari de sa mère), épouse Hélène Perrenot de Grandvelle, nièce du Cardinal de Grandvelle, Chancelier de Charles-Quint et Archevêque de Besançon. En 1598 sa mère faisait part au seigneur de Champagney (Frédéric Perrenot de Grandvelle) de "sa joie de voir son fils distingué par l'une des plus vertueuses et accomplies demoiselles qui soient entre toutes les autres de ce siècle".

Guillaume meurt en 1579 sans postérité;

Charles Emmanuel, seigneur de la Chaux, meurt en 1584 sans postérité;

Philippe, religieux, est Prieur de l'abbaye de Vaux sur Poligny de 1607 à 1622 puis Abbé de l'abbaye Saint-Colomban à Luxeuil où il meurt en 1631;

Château de la Palice. Tapisserie flamande XVe siècle. Jean de Chabannes, frère du célèbre maréchal de France et aussi émérite que lui en bravoure, fit tisser vers la fin du XVe siècle, une suite de tapisseries dénommées des "Neuf Preux" (document Pierre Desmarais)

A partir d'ici, le texte est, dans son intégralité, l'oeuvre de Monsieur Pierre DESMARAIS. Il remplace donc le résumé qui avait été mis en ligne précédemment. Ce texte initial comportait en effet quelques erreurs et sa conclusion manquait de relief. Que ceux qui en avaient pris connaissance me pardonnent cette inattention.

 

CATHERINE DE BRUGES (la grand-mère) dut liquider les dettes colossales laissées par son père. Elle vendit progressivement à l'Empereur ou à de riches familles de la noblesse "belge" de nombreuses seigneuries flamandes. En 1596, la Justice Impériale décréta la vente publique de l'Hôtel de La Gruthuse à Bruges, maison ancestrale de ses ancêtres brugeois. C'est son premier mari, Louis De La Baume-Poupet, Comte de Saint-Amour, qui parapha lui-même, au profit de PHILIPPE II D'ESPAGNE, l'Acte d'adjudication du Domaine et l'abandon financier des bénéfices considérables provenant de l'impôt sur la bière (sur le Tonlieu de la Grûte (1)).

CATHERINE DE BRUGES (la vraie) épouse de Louis De La Baume-Poupet, mais aussi épouse truculente aux 5 maris, dut mourir vers l'an 1632 ou 1633 ? On trouve une dernière fois sa trace, dans les Archives d'Eure & Loir. Il est dit ceci à son propos, en la présence de son dernier époux et où elle baptise une cloche à son nom, dans sa baronnie d'Authon : "le Dimanche onzième jour de Febvrier 1629 a esté donnée la bénédiction de la petite cloche, nommée CATHERINE, par Messire RENÉ De La Haye, sieur baron de Reyseult et par Madame CATHERINE DE BRUGES, Dame de ceste baronnie, son espouze."

carte du Chablais, document transmis par Pierre Desmarais

Le 5e enfant de CATHERINE, ANTOINE, Baron de La Chaux, épousa en 1602, JEANNE DE RICHARDOT, fille du fameux Président RICHARDOT, Chef du Conseil Privé de l'Empereur au Gouvernement des Pays-Bas. Il a une unique fille appelée CATHERINE DE La BAUME, mais aussi dénommée CATHERINE DE BRUGES du nom de son ardente grand-mère. Celle-ci se marie - en juillet 1622 - à Albert-Eugène De GENEVE-LULLIN, marquis de Lullin, dernier descendant de la lignée. Cette union eut lieu sous la bénédiction d'une très illustre personnalité, bientôt canonisée : il s'agit du Bienheureux SAINT-FRANCOIS DE SALES ....

Au XIXe siècle, PICCARD éminent historien du Chablais, confirme ceci :

"Au mois de Juillet 1622, Saint-François arrivait encore à Thonon pour bénir le mariage du seigneur Albert De Lullin avec Catherine De La Baume Saint-Amour dit DE BRUGES. Il n'avait plus que quelques mois à vivre. (2)"

Sans entrer dans le détail de la vie de cette baronne de La Chaux, sachons seulement - qu'en 1636 - celle-ci fit avec Albert-Eugène son époux, une pieuse Fondation pour les nécessiteux de leur époque. Ils firent construire le superbe Hôpital-Couvent des Minîmes (Hôtel-Dieu) de Thonon-les-Bains. Toujours, d'après les sources documentaires de l'historien PICCARD, ce dernier nous précise à ce propos :

"Albert De Genève, Marquis De Lullin, gouverneur du Chablais, etc .. fonda à Thonon le 25 avril 1636, un monastère de Minîmes, soit de religieux de Saint-François De Paule. Cette nouvelle maison devait comprendre huit religieux, avec une dotation de 250 florins pour chacun, soit 2000 florins annuels, outre 100 livres tournois pour l'entretien des bâtiments et autres dépenses nécessaires. Le pieux fondateur et sa femme CATHERINE DE BRUGES demeuraient solidairement obligés jusqu'au paiement total de cette somme (3)"

Albert-Eugène de GENEVE-LULLIN, époux de Catherine DE BRUGES devait être un mécène magnifique et généreux ? Il fit bâtir - pour Thonon - deux beaux bâtiments : la vaste Maison des Arts et le très beau Couvent des Minîmes. L'éminent PICCARD concède sans nuance, que celui-ci : "était un véritable ami du Peuple et le Père des Pauvres.". Le Patrimoine historique de la ville de Thonon, s'enorgueillit de posséder encore ce Bâtiment des Minîmes. Il représente - pour la région du Chablais - un très rare Monument du plus pur style toscan, scandé par de superbes façades et doté d'un très beau cloître baroque.

Cloître du couvent des Minîmes à Thonon (document transmis par Pierre Desmarais)

 

Il y a donc deux CATHERINE DE BRUGES. Mais laquelle repose à La Chaux ?

Dans son "Étude sur la Baronnie de La Chaux" le Docteur CHAMBELLAND a parfaitement compris la "synchronisation" des deux Catherine, d'ailleurs ne dit-il pas ceci :

"Marié à CATHERINE De Bruges, Louis De La BAUME eut trois fils, dont Antoine De La BAUME, qui fut seigneur de La Chaux et n'eut pas d'enfants mâles. Son seul enfant, une fille CATHERINE DE LA BAUME, ou DE BRUGES, du nom de sa grand-mère, s'intitulait en 1627, baronne de La Chaux. Elle fut inhumée en l'église de La Chaux.".

Blason de Louis De Bruges Sire de La Gruthuse, chevalier de la toison d'Or (église Notre Dame à Bruges, Belgique) Document transmis par Monsieur Pierre Desmarais

Dans un autre ouvrage sur "L'Église de La Chaux-des-Crotenay" le Docteur René CHAMBELLAND avance également : "qu'elle mourut à Bruxelles et qu'elle fut ramenée à La Chaux vers 1630".

A partir d'içi il semble bien que le Docteur CHAMBELLAND se soit fourvoyé dans quelques confusions, qu'on en juge :

La date de 1630 ne peut être retenue comme étant celle de la date du décès de CATHERINE De LA BAUME, vu que celle-ci paraphait encore - en 1633 - des Actes de Propriété pour la Succession de sa mère JEANNE De RICHARDOT (Archives du Comte d'URSEL à Bruxelles). De plus, nous avons la preuve qu'elle fonda - quelques années plus tard en 1636 - avec le Marquis de Lullin son époux, - le très beau Couvent des Minîmes de Thonon-les-Bains. Il y a là une controverse de taille, que le Docteur CHAMBELLAND n'a pas su élucider, par ses investigations de chercheur.

Cependant, l'Église de La Chaux-des-Crotenay possède une double énigme, troublante et fascinante à la fois : Laquelle de ces deux Dames repose sous le Maître-autel ?

- Est-ce Dame CATHERINE DE BRUGES, la dernière descendante de l'illustre famille brugeoise, des : DE BRUGES-La-GRUTHUSE, ou De La GRUTHUYSE, Princes et Princesses De Stennhuyse .. ?

- Ou est-ce sa petite-fille CATHERINE DE LA BAUME, dite aussi CATHERINE DE BRUGES, petite-fille du non moins célèbre Président RICHARDOT ?

Mystère ...

MORALITE DE l'HISTOIRE :

Si - en Bourbonnais - M. De La PALICE détient toujours "La VERITE"; en revanche - en Franche-Comté - La CHAUX des CROTENAY, N'EN POSSEDE HELAS AUCUNE .... du moins pour le moment ?


(1) Vient du vieux flamand Grutech ou Grûte, terme désignant un mélange de fleurs séchées et composées, servant à la confection de la bière. Au XVIe siècle, les seigneurs De BRUGES avaient le monopole de la Grûte servant à sa fabrication, et recevaient un droit (impôt) lors de chaque brassage payé par les brasseurs municipaux sur le Grand Tonlieu (comptoir d'enregistrement) de la ville de Bruges. Cette manne fiscale prodigieuse revenait de droit aux seigneurs De BRUGES-La-GRUTHUSE propriétaires, ce qui avait fait d'eux des notables richissimes; dont CATHERINE DE BRUGES, qui dût à regret abandonner cette ressource ancestrale.

(2) - (3) "Histoire de Thonon et du Chablais" par L.E. PICCARD - Éditions d'Annecy 1882

Note : A la fin du XVe siècle, Jacques De CHABANNES seigneur de La Palice et Charles De POUPET seigneur de La Chaux faisaient partis des 100 gentilhommes de la Maison du Roi. BNF : Ms. Fr. 7857.

Texte et Documents : Pierre DESMARAIS

document communiqué par Pierre Desmarais


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